mercredi, 19 novembre 2008

Le don du pardon

Janusz Korczak (éducateur polonais et directeur d’une « maison d’orphelins » avant la Seconde Guerre mondiale) disait :

« Il n'existe aucun amour sans pardon, pardonner, c'est l'épreuve, c'est la difficulté que chacun doit endurer seul. »

Il y a quelques années, je me souviens avoir entendu à la radio un Irlandais dont un journaliste voulait capter la réaction à chaud : sa fille venait d’être tuée dans un attentat aveugle commis par l’IRA. L’homme, dans la brûlure de son chagrin, disait qu’il pardonnait. On sentait le journaliste abasourdi, déçu de ne pas pouvoir nous retransmettre des paroles de rage et de haine.

Il n’y a pas d’amour véritable sans pardon.
Il n’y a pas de pardon véritable sans amour.

Notre faculté de pardonner est donc le meilleur des tests de notre faculté ou de notre prétention d'aimer. L’amour est sans condition, écrit l’apôtre Paul.

Dans certaines circonstances, le pardon semble hors de portée. Inhumain, même ! Je repense à ce père irlandais… Qu’avait-il de plus que vous et moi ? Il aimait vraiment, authentiquement. Non pas la barbarie qui avait poussé des hommes à commettre un crime si odieux, bien sûr, mais l’homme en général, la vie en dépit de tout. Ce n'était pas un amour raisonné. Sûrement pas. Il aimait comme on respire, alors il a pardonné. Cela ne lui a pas ramené sa fille, mais cela lui a certainement apporté la paix dont il avait besoin. L’imagine-t-on rongé de haine et de désespoir toute sa vie ? Le chagrin de la mort de son enfant était suffisant. Si cette mort a été la pire des choses arrivées dans sa vie, je crois pouvoir affirmer que la meilleure des choses, dans cette même vie, aura été son pardon.

Si l'on pense être dépourvu de cette capacité innée de pardonner, il est utile de se rappeler que le pardon n’est rien d’autre qu’une question d’amour. Ni plus ni moins. Or si Dieu est Amour et que nous sommes Son expression, nous avons en nous cette capacité innée de pardonner. Elle est simplement masquée par un trop plein d'émotions humaines. Nous rappeler que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu nous permet de revendiquer cet héritage vital d’amour et de le mettre en pratique, non seulement quand tout va bien, mais surtout quand tout va mal.

« Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés », dit Jésus. Ce que Mary Baker Eddy interprète ainsi :     « Et l’Amour [Dieu] se reflète dans l’amour [l’homme]. »

En ce sens, le pardon n’est ni une impossibilité, ni un devoir, ni un sacrifice, ni un mauvais compromis, mais c'est l'exercice d'un don naturel, inné et efficace qui permet à chacun de se « connecter » à Dieu, de parvenir à l'harmonie intérieure et de contribuer à la paix autour de soi et dans le monde.

Théo