lundi, 25 février 2008
La bonne question
D'où vient le mal ? Pourquoi la souffrance ? Croyant, agnostique, athée, qui ne s'est pas un jour posé la question ?
Cette question a suscité bien des théories et des hypothèses. Mais elles essayent toujours de réconcilier l'irréconciliable en tentant de trouver une justification à l'origine du mal face à un Dieu à la fois entièrement bon et infini. L'intellect humain est mis à rude épreuve, on le voit bien, et on peut saluer les talents des gymnastes.
J'avoue que seules les explications de la Science Chrétienne m'ont convaincu. Elles renferment une logique qui me parle. Elle est contraire au témoignage des sens, bien entendu, mais ce témoignage n'est pas fiable - des scientifiques tels que Galilée l'ont appris à leurs dépens.
Mary Baker Eddy pose la question ainsi :
« Si Dieu fit tout ce qui fut fait, et que cela était bien, quelle fut l'origine du mal ? »
Et elle répond :
« Le mal n'a jamais eu d'origine ou d'existence en tant qu'entité. Il n'est qu'une fausse croyance, savoir la croyance que Dieu n'est pas Tout-en-tout, comme l'impliquent les Ecritures, mais qu'il existe une intelligence, ou entendement, opposée appelée le mal. Cette erreur de croyance est de l'idolâtrie, c'est avoir "d'autres dieux devant ma face." Dans Jean 1:3 nous lisons : "Toutes choses ont été faites par elle [la Parole], et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle." Admettre la réalité du mal perpétue la croyance au mal ou la foi dans le mal. [...] La proposition capitale évidente en soi de la Science Chrétienne est : le bien étant réel, le mal, l'opposé du bien, est irréel. Il n'est besoin que d'expérimenter scientifiquement ce truisme pour le trouver vrai et capable de détruire l'apparence du mal à un point dépassant le pouvoir de toute doctrine admise auparavant. » (Ecrits divers)
Il ne suffit pas, en effet, de dire que le mal et la souffrance sont une illusion, il faut avoir la possibilité de le démontrer. C'est ce que j'apprends jour après jour en étudiant la Bible et Science et Santé avec la Clef des Ecritures, le livre dans lequel Mary baker Eddy explique ce qu'est la Science Chrétienne.
Après tout, bien avant l'apparition du christianisme, la philosophie bouddhiste attribuait déjà les souffrances du monde à une vision incorrecte de la réalité, ce qui est en accord avec la Science Chrétienne, qui déclare que la souffrance est une illusion, une « terrible illusion », dont une vision correcte de la Vie, c'est-à-dire une vision spirituelle, nous délivre.
Finalement, la vraie question n'est peut-être pas : « pourquoi le mal existe ? » mais : « pourquoi il n'existe pas ? » J'avais illustré cette approche dans un billet antérieur, un texte de fiction intitulé Le soleil de minuit.
Théo
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lundi, 18 février 2008
Corrélation 4
« Mon corps est un chiffon de sable, ô couturier de l'univers, couds-moi ! » Mahmoud Darwich
« Que tes pensées me sont précieuses, ô Dieu, et combien leur nombre est immense ! Elles sont plus nombreuses que les grains de sable. » Psaume 139
« On comprendra et l'on verra finalement la pensée dans toute forme, toute substance et toute couleur, mais sans accessoires matériels. [...]
« Toute forme, toute couleur, toute qualité et toute quantité émanent des éléments infinis de l'unique Entendement et sont mentales, originairement et secondairement. Leur nature spirituelle ne se discerne que par les sens spirituels. »
Mary Baker Eddy
14:40 Publié dans Lu/Vu, Relié | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Spiritualité, inspiration, réflexions, poésie
mercredi, 23 janvier 2008
Un parmi tant d'autres
Le dernier chapitre de Science et Santé avec la Clef des Ecritures, de Mary Baker Eddy, s’intitule « Les fruits de la Science Chrétienne ». Il regroupe des témoignages spontanés écrits par des gens de tous horizons « qui ont été régénérés et guéris par la lecture ou par l’étude de ce livre ». En voici un exemple :
« Il y a un an que j’ai commencé à lire Science et Santé, et je vais essayer maintenant d’esquisser ce que la connaissance de ses enseignements à fait pour moi.
« Mon état de santé était alors très mauvais ; mes yeux, qui m’avaient causé tant de difficultés depuis mon enfance, me faisaient beaucoup souffrir. Ils avaient été soignés par les meilleurs spécialistes de mon pays natal et, après mon arrivée aux Etats-Unis, j’avais été soigné par plusieurs médecins et je portais des lunettes depuis quatre ans. Je souffrais aussi de bronchite chronique pour laquelle j’avais pris beaucoup de médicaments sans obtenir de soulagement. De plus je fumais avec excès, faisant usage de tabac sous une forme quelconque presque constamment. J’avais la maladie de cœur des fumeurs et je consommais continuellement des boissons alcooliques.
« Celui qui m’apporta ce qui a pour moi maintenant tant de prix était un représentant en librairie. Je lui dis que je serais forcé d’abandonner mon métier à cause de mes yeux. Il me dit alors avoir été guéri d’un cancer par le traitement de la Science Chrétienne. Il me montra un exemplaire de Science et Santé qui paraissait avoir beaucoup servi, et après avoir reçu l’assurance que je serais guéri de toutes mes maladies si je faisais ma part de travail, je fis venir un exemplaire du livre.
« Ma guérison fut très rapide, car après avoir lu le livre seulement pendant trois semaines, je fus complètement guéri de l’habitude de fumer. Je dois dire à propos de cette guérison qu’elle ne nécessita même pas une résolution de ma part. Je fumais un cigare tout en lisant Science et Santé lorsque le désir de continuer de fumer me quitta, et depuis lors, il n’est jamais revenu. Ensuite ce furent mes yeux qui bénéficièrent de la nouvelle compréhension que j’avais acquise ; peu après ils furent si bien guéris que je pus vaquer facilement à mes occupations et que je n’ai plus eu besoin de lunettes. Aujourd’hui mon cœur est normal, la bronchite chronique a totalement disparu et je ne suis plus esclave de l’alcool.
« La Science Chrétienne a prouvé qu’elle était un secours toujours présent, non seulement pour surmonter les maux physiques, mais aussi dans les affaires et la vie quotidienne. Elle m’a aussi fait triompher de la crainte. La Bible, que je regardais avec méfiance, est devenue mon guide, et le christianisme est devenu une douce réalité, parce que le livre d’étude de la Science Chrétienne a été en effet une “Clef des Ecritures” qui a animé les pages de l’Evangile d’un doux sens d’harmonie. »
« A. F., Iowa (U.S.A.) »
Théo
15:20 Publié dans Lu/Vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Spiritualité, inspiration, prière, christianisme, Christ, religion, Dieu
vendredi, 18 janvier 2008
Prière et environnement
Témoignage paru dans « La Science Chrétienne – un siècle de guérisons » (The Christian Science Publishing Society) :
« J’ai travaillé comme chimiste pendant de nombreuses années. A l’époque où eut lieu l’expérience dont je vais parler, j’étais à la tête d’un service s’occupant du traitement des déchets radioactifs et des installations d’irradiation par rayonnement gamma à niveau élevé dans une installation d’énergie atomique.
« Lorsque je pris ce poste, il me fallut passer un examen médical. Plus tard, à ma grande surprise, on me convoqua pour me demander si j’avais été exposée à l’action de matières radioactives, ou si j’avais subi quelque accident récent : en effet, les médecins avaient trouvé que la teneur de mon sang en hémoglobine était dangereusement au-dessous de la normale ; ils estimaient que c’était miracle que je fusse encore en vie. Ils me posèrent beaucoup de questions sur ma santé, mais aucune d’elles ne s’appliquait à moi puisque je me sentais en parfait état. Ils me recommandèrent vivement de voir un spécialiste et de prendre des mesures immédiates pur remédier à ma défaillance sanguine.
J’avais été élevée en Science Chrétienne et j’étais habituée à me tourner vers Dieu pour être guérie.
« Déjà une fois dans mon travail de chimiste, il m’avait fallu prouver l’omnipotence de Dieu : à la suite d’un accident de laboratoire, j’avais été grièvement brûlée aux mains et à la poitrine ; on avait craint que je ne perde la vie sous l’effet du choc ou encore que je ne reste défigurée à jamais. Alors, je m’étais appuyée uniquement sur la Science Chrétienne.
« J’avais prié avec persévérance, m’attachant au fait spirituel que Dieu n’envoie jamais l’affliction et que, par conséquent, les hommes ne peuvent être affligés. Ainsi, dès le lendemain de l’accident, j’étais en état de reprendre le travail sans douleur. Les brûlures guérirent très rapidement ; en très peu de jours une nouvelle peau se forma sur la zone brûlée, sans aucune des complications redoutées et sans laisser de cicatrices. Cette guérison avait été due uniquement au traitement par la prière d’un praticien de la Science Chrétienne.
« Ce fut donc vers Dieu que je me tournai encore pour obtenir la guérison de cette maladie de sang ; je réalisai que rien d’indispensable ne pouvait me faire défaut Dieu est la source de tout bien.
« Je compris qu’effectivement Dieu est la vraie vie de l’homme, et que l’homme n’est pas tributaire de conditions matérielles. Ainsi, jamais ne sont apparus les symptômes pronostiqués lors de mon examen, et je n’eus jamais peur de les voir éventuellement se manifester. Je commençai à ressentir la paix qui accompagne la compréhension que Dieu est Amour divin, le Principe de toute existence, que l’homme réel est effectivement spirituel et qu’il est maintenu éternellement sous la tendre protection de Dieu.
« En moins d’un an, la numération globulaire redevint normale et le resta. Au lieu d’avoir recours à l’un des moyens matériels qu’on m’avait recommandés, je m’étais reposée uniquement sur la Science Chrétienne pour résoudre ce problème. Il n’y eut jamais de rechute.
« H. Gladys Swope, Wisconsin (USA) »
Théo
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vendredi, 11 janvier 2008
Simone de Beauvoir et Mary Baker Eddy
On fête ces jours-ci le centenaire de la naissance de l’auteur du Deuxième sexe. Qui saurait mieux défendre la Cause du peuple féminin que les femmes, devant l’égoïsme et l’injustice flagrante des hommes qui ont fait les lois ?
Nous pourrions tous citer des femmes célèbres ou anonymes, dont le talent, les qualités, l’humanité en remontrent à un paquet d’hommes. Mais vouloir en apporter la preuve est une façon d’appuyer lourdement sur l’évidence, comme si les témoignages étaient fragiles. Je m’en abstiendrai donc.
Cependant, il me paraît intéressant de noter que Mary Baker Eddy, la découvreuse et fondatrice de la Science Chrétienne, a été la première femme Leader d’un mouvement religieux à vocation internationale. Une prouesse extraordinaire en plein 19e siècle, au cœur d’une société américaine, puritaine, extrêmement soucieuse de préserver les droits, les avantages et les prérogatives des hommes au détriment des femmes !
Bien avant Simone de Beauvoir, elle écrit dans son ouvrage fondamental, Science et Santé avec la Clef des Ecritures :
« Le code civil établit des distinctions très injustes entre les droits des deux sexes. La Science Chrétienne ne fournit aucun précédent à une telle injustice…
« Nos lois ne sont pas impartiales, pour n’en dire pas plus, dans les distinctions qu’elles font entre les deux sexes, en ce qui concerne la personne, la propriété et les droits des parents… Espérons que le droit de vote sera accordé aux femmes…
« Si un mari dissolu abandonne sa femme, certainement celle-ci, traitée injustement et peut-être réduite à la misère, devrait être autorisée à toucher son propre salaire, à négocier des affaires, à posséder des biens immobiliers, à placer des fonds et à avoir la garde de ses enfants sans craindre aucune intervention. »
Rebelle à son époque « macho », Mary Baker Eddy va même jusqu’à nommer Dieu au féminin d’un bout à l’autre de l’une des éditions revues et corrigées de son livre. Non sans raison, ainsi qu’elle l’explique : « En Science divine, nous ne sommes pas autant autorisés à considérer Dieu comme masculin que comme féminin, car l’Amour donne l’idée la plus claire de la Divinité. »
Elle est revenue par la suite sur ce choix, préférant souligner la nature Père-Mère de Dieu, pour ne pas voir son œuvre réduite à ce seul engagement en faveur des droits des femmes.
Science et Santé s’adresse en effet aux hommes et aux femmes de tous âges, de toutes époques et de tous milieux. C’est un ouvrage métaphysique qui fournit une explication à la fois théorique et pratique de la Vie, de Dieu et de l’homme.
De nombreux livres prétendent nous expliquer aujourd’hui pourquoi les femmes de la planète Vénus et les hommes de Mars ne pourront jamais se comprendre. Mais cette division humaine entre mâle et femelle est une représentation matérielle, tronquée, de la réalité. On peut bien sûr entretenir ce point de vue et prolonger la guerre des sexes en comptant sur les solidarités masculine et féminine pour renforcer nos bataillons respectifs.
Mais soyons alors humainement réalistes jusqu’au bout : on trouve autant d’incompréhension et de mésentente entre hommes et femmes qu’entre hommes ou qu’entre femmes. L’incompréhension n’est pas typiquement affaire de différence de sexes. Les tribunaux et les cimetières en savent quelque chose.
Pour revenir au point de vue métaphysique, si Dieu, en tant que Principe créateur, représente à la fois le Père et la Mère de l’univers y compris l’homme – l’homme qui est Son image et Sa ressemblance –, celui-ci ne peut que refléter les qualités masculines et féminines de Dieu. Non seulement l’homme est inséparable de Dieu, mais l’homme et la femme ne sont qu’une seule et même conscience individuelle dans cette Unicité.
Sur cette base de raisonnement, il devient possible de résoudre tous les conflits et toutes les incompréhensions entre hommes et femmes.
D’un point de vue humain, Simone de Beauvoir a milité, avec force conviction, persuasion et grand talent de plume, en faveur de l’égalité des femmes et des hommes, sans faire la guerre aux hommes pour autant. Mais Mary Baker Eddy, elle, s’est élevée à une hauteur spirituelle pour donner à chacun et chacune les moyens de démontrer dans sa propre existence que nous faisons tous Cause commune :
« Un seul Dieu infini, le bien, unifie les hommes et les nations, constitue la fraternité des hommes, met fin aux guerres, accomplit ces paroles de l’Ecriture : “tu aimeras ton prochain comme toi-même”, annihile l’idolâtrie païenne et chrétienne – tout ce qui est injuste dans les codes sociaux, civils, criminels, politiques et religieux – établit l’égalité des sexes, annule la malédiction qui pèse sur l’homme, et ne laisse rien subsister qui puisse pécher, souffrir, être puni ou détruit. »
Théo
19:00 Publié dans Lu/Vu, Pensé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Spiritualité, littérature, inspiration, prière, christianisme, religion, Dieu
mardi, 11 décembre 2007
Incontournable Jérémie
16:05 Publié dans Lu/Vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Spiritualité, littérature, inspiration, prière, christianisme, religion, Dieu
lundi, 10 décembre 2007
Parti en laissant des traces
Jacques Lusseyran (1924-1971) est devenu totalement et définitivement aveugle à l’âge de 8 ans. Professeur de littérature et de philosophie dans des universités françaises et américaines, il est également auteur de plusieurs essais ou ouvrages autobiographiques. Dans « Le monde commence aujourd’hui » (éd. La Table ronde, 1959), il évoque sa rencontre avec Jérémie, en 1944, à Buchenwald.
Et maintenant, comment a-t-il disparu ? Je le sais à peine. Sans bruit, en tout cas, comme il était venu.
Un jour quelqu’un m’a dit qu’il était mort. Ce devait être quelques semaines après notre arrivée au camp.
Là-bas, les hommes s’en allaient ainsi. On ne savait presque jamais comment. Ils partaient trop nombreux à la fois : personne n’avait ni le temps ni le goût de regarder les détails, le « comment » de la mort. Ceux qui s’en allaient, on les laissait se fondre dans la masse. Il y avait un fond solide de mort auquel nous participions tous plus ou moins, nous les vivants. La mort des autres, c’était tellement notre affaire que nous n’avions pas la force de lui faire face.
Je n’ai pas su le « comment » du départ de Jérémie. Je me suis souvenu seulement qu’il était venu me voir, quelques jours plus tôt, et m’avait annoncé que c’était la dernière fois. Pas du tout comme on annonce un malheur, pas d’une façon solennelle. Simplement, c’était la dernière fois, et puisque c’était ainsi, il était venu me le dire.
Je ne crois pas que j’en aie eu de la peine. Ce ne devait pas être pénible. Cela ne l’était sûrement pas, puisque c’était réel et su.
Il avait servi. Il avait le droit de sortir de ce monde qu’il avait entièrement traversé.
Je compte bien que des gens me disent : « Où voyez-vous du surnaturel chez votre forgeron ? Il vous a donné un exemple de sérénité, à un moment où la sérénité était très difficile. C’est bien, mais c’est tout. Cette paix de Jérémie, c’est le résultat du courage et d’un solide équilibre des nerfs, des humeurs, des échanges organiques peut-être. »
Eh bien, non ! Nous ne serons pas quitte de Jérémie à ce prix-là.
Ce que je nomme surnaturel chez lui, c’était la coupure qu’il avait entièrement réalisée avec les habitudes. Celles du jugement qui nous font appeler malheur ou mal toute adversité, celles de l’avidité, qui nous font haïr, réclamer vengeance, ou simplement protester – forme mineure mais incontestable de la haine – celles du vertige égocentrique, qui nous font croire que nous sommes innocents chaque fois que nous souffrons. Il avait échappé au lacis des réflexes obligatoires, et ce mouvement-là, jamais la bonne santé, ni même une santé parfaite si cela existe, ne pourra l’expliquer.
Il avait touché au fond de lui et libéré le surnaturel ou, si le mot vous gêne, l’essentiel, ce qui ne dépend d’aucune circonstance, ce qui peut exister en tout temps et en tout lieu, dans la douleur comme dans le plaisir. Il avait rencontré la source de vie. Et, bien sûr, aussitôt il avait été inondé de transparence, de propreté. Si j’ai employé le mot « surnaturel », c’est que l’acte de Jérémie me semble être l’acte religieux même : la découverte que Dieu est là, en chacun des hommes à égalité, à chaque seconde tout entier, et qu’un retour peut être fait vers Lui.
Cela c’était la Bonne Nouvelle que Jérémie, à son tour, faisait entendre à sa manière qui était très humble.
Jacques Lusseyran, Le Monde commence aujourd’hui (éd. La Table Ronde, 1959)
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dimanche, 09 décembre 2007
La joie surnaturelle d'un homme banal
Jérémie donnait l’exemple : il trouvait de la joie en plein bloc 57. Il en trouvait dans ces moments de la journée où nous ne trouvions que de la peur. Et il en trouvait en si grande abondance que nous la sentions, lui présent, monter en nous. Sensation inexplicable, incroyable même, là où nous étions : la joie allait nous emplir.
Imaginez ce cadeau que Jérémie faisait ! On ne comprenait pas, mais on disait merci, et encore merci.
Quelle joie ? Voici des explications, mais elles sont pauvres : la joie d’être en vie, d’être encore en vie à cet instant, l’instant d’après, chaque fois que nous y pensions. La joie d’éprouver la vie des autres, de quelques autres du moins, contre nous, dans l’ombre de la nuit. Que sais-je ? La joie. Cela ne vous suffit pas ?
Cela faisait bien mieux que nous suffire : c’était le pardon, là, tout soudain, à quelques pas de l’enfer. C’était de nouveau la possibilité de tout, la grande fortune. J’ai connu cet état par l’intermédiaire de Jérémie. D’autres l’ont connu comme moi, je le sais.
La joie de découvrir que la joie existe, qu’elle est en nous, exactement comme la vie, sans conditions et, donc, qu’aucune condition, même la pire, ne saurait la tuer.
Tout cela direz-vous, venait de Jérémie parce qu’il était lucide. Je n’ai pas dit qu’il était lucide : cette qualité appartient à l’intelligence et, dans le monde de l’intelligence, Jérémie n’était pas chez lui. J’ai dit qu’il voyait. J’ai parlé de lui comme d’une prière vivante.
Les subtils prétendrons que la foi de Jérémie était sans nuances. Que m’importe ! Pour lui, et pour nous à travers lui, le monde était sauvé à chaque seconde. La bénédiction n’avait pas de fin. Et, quand elle cessait, c’était que nous n’en avions pas voulu, que nous avions cessé, nous et pas elle, d’être joyeux.
Ce ne sont pas de grands mots. Et si pourtant vous avez cette impression, c’est alors que je suis maladroit. Jérémie était un homme banal. Banal et surnaturel, c’est cela.
On pouvait très bien vivre auprès de lui pendant des semaines et ne pas le voir, parler seulement « d’un vieux bonhomme pas comme les autres ». Il n’était pas un spectacle à la façon des héros ou des camelots.
Ce qu’il y avait de surnaturel en lui, de toute évidence cela ne lui appartenait pas, c’était fait pour être répandu. Le spectacle, s’il existait, c’était à nous de le trouver, et de le trouver au-dedans de nous. J’ai le plus clair souvenir de l’avoir trouvé. J’ai aperçu, un jour comme les autres, un petit endroit où je ne grelottais pas, où je n’avais pas honte, où les personnages de la mort n’étaient que des fantômes, où la vie ne dépendait plus ni de la présence du camp ni de son absence. Je le devais à Jérémie.
Jacques Lusseyran, Le Monde commence aujourd’hui (éd. La Table Ronde, 1959)
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samedi, 08 décembre 2007
Un terrible microscope
Jérémie n’était pas déçu, pourquoi aurait-il rêvé ? Quand nous le voyions venir avec toute sa monstrueuse sérénité, nous avions envie de crier : « Ferme les yeux ! Ce qu’on voit ici brûle ! » Mais le cri nous restait dans la gorge parce que, de toute évidence, il avait les yeux solidement posés sur toutes nos misères et ne cillait pas. Bien plus, il n’avait pas l’air d’un homme qui prend sur lui, d’un héros. Il n’avait pas peur, et, cela, aussi naturellement que, nous, nous avions peur.
« Pour qui sait voir, c’est comme d’habitude », disait-il. D’abord, je ne comprenais pas. J’éprouvais même un sentiment tout proche de l’indignation. Quoi ! Buchenwald semblable à la vie ! Impossible. Tous ces hommes affolés, hideux, cette menace hurlante de la mort, ces ennemis partout, chez les S.S., chez les détenus eux-mêmes, ce morceau de colline dressé contre le ciel, hérissé de fumées, avec ses sept cercles, là-bas au travers des forêts, de barbelés électriques, tout cela comme d’habitude ! Je me souviens que je ne le voulais pas. Ce devait être pire, ou bien alors plus beau. Jusqu’à ce qu’enfin Jérémie me fît voir.
Ce ne fut pas une révélation, une découverte fulgurante de la vérité. Je ne pense pas même qu’il y ait eu paroles échangées. Mais un jour, il est devenu évident, sensible dans ma chair, que Jérémie, ce forgeron m’avait prêté ses yeux, à long terme.
Avec ces yeux-là, je voyais que Buchenwald n’était pas unique, ni même l’un des lieux privilégiés de la plus grande douleur des hommes. Je voyais aussi que notre camp n’était pas en Allemagne, comme nous le croyions, au cœur de la Thuringe, dominant la plaine d’Iéna, en cet endroit précis et non pas en un autre. Jérémie m’apprenait, avec ses yeux, que Buchenwald était en chacun de nous, cuit et recuit, entretenu sans cesse, affreusement aimé. Et que, par conséquent, nous pourrions le supprimer, si nous le désirions avec assez de force.
« Comme d’habitude », Jérémie s’en expliquait parfois. Il avait toujours vu les hommes dans la peur et dans la plus invincible de toutes : celle qui n’a pas d’objet. Il les avait vus désirer secrètement et par-dessus tout une chose : se faire du mal à eux-mêmes. C’était toujours, c’était ici le même spectacle. Simplement, les conditions étaient enfin remplies. La guerre, le nazisme, les folies politiques et nationales avaient fait un chef-d’œuvre, une maladie et misère parfaite : un camp de concentration.
Pour nous, bien sûr, c’était la première fois. Jérémie n’en voulait pas de notre surprise. Il disait qu’elle n’était pas honnête et qu’elle nous faisait du mal.
Il disait que dans la vie ordinaire, avec de bons yeux, nous aurions vu les mêmes horreurs. Il nous arrivait autrefois d’être heureux. Eh bien ! Les nazis nous avaient donné un terrible microscope : le camp. Ce n’était pas une raison pour cesser de vivre.
Jacques Lusseyran, Le Monde commence aujourd’hui (éd. La Table Ronde, 1959)
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vendredi, 07 décembre 2007
Nous, nous rêvions
Le bonhomme Jérémie voyait. Il avait un spectacle dans les yeux, mais ce n’était pas celui que nous avions, nous. Ce n’était pas notre Buchenwald, celui des victimes. Ce n’était pas un bagne, c’est-à-dire un lieu de faim, de coups, de mort, de protestation, où d’autres hommes, les méchants, avaient commis le crime de nous mettre. Pour lui, il n’y avait pas nous, les innocents, et l’Autre, le grand autre anonyme, à la voix de tenaille et le fouet, le « salaud ».
Comment le savais-je ? Vous êtes en droit de vous le demander : après tout, Jérémie ne disait presque rien. Eh bien, c’est sans doute qu’il existe chez certains êtres, qu’il existait chez lui, une rectitude et plénitude si parfaite de la vue que cette vue, la leur, se communique, vous est donnée pour un instant au moins. Et le silence est alors plus juste, plus exact que toutes les paroles.
Lorsque Jérémie venait à nous à travers le bloc 57, au milieu de sa petite auréole d’espace, c’était de la clarté qu’il donnait. C’était un surcroît de vue, une nouvelle vue. Et c’est pourquoi nous nous écartions tous d’un pas.
Surtout, n’allez pas vous imaginer que le père Jérémie nous consolait. Au point où nous étions, les consolations eussent valu ce que vaut une romance, un méchant conte de nourrice. Nous n’étions pas au pays de cocagne et, si nous avions été assez fous pour le croire une seule seconde, le réveil eût été amer. Jérémie parlait dur, voyait dur. Mais il le faisait doucement.
Pas trace d’onction chez lui. Il avait la voix ronde, les gestes méticuleux et progressifs, mais c’était habitude de métier, naturel tranquille. C’était un bonhomme, je vous dis, pas un prophète.
Jérémie était si peu prophète, il faisait si peu de tapage que je ne sais pas combien, parmi la dizaine d’hommes qui ont survécu à ces jours de l’hiver 1944, dans la baraque 57, se le rappellent aujourd’hui. Je voudrais tant ne pas être le seul.
Non, on n’apercevait rien sur Jérémie, aucun signe. Il ne portait le drapeau d’aucune foi, si ce n’est, de temps en temps, celui de la Science Chrétienne. Mais à cette époque, pour moi et pour les Français autour de moi, ce mot n’avait qu’une résonance bizarre.
On allait à Jérémie comme à une source. On ne s’interrogeait pas. On n’y pensait pas. Il y avait, dans cet océan de rage et de souffrance, cette île : un homme qui ne criait pas, qui n’appelait personne à l’aide, qui avait sa suffisance.
Un homme aussi qui ne rêvait pas : c’était plus important que tout. Nous, nous rêvions : à des femmes, à des enfants, à des maisons, souvent aux misères, aux chagrins d’autrefois que nous avions la faiblesse d’appeler Liberté. Nous n’étions pas à Buchenwald. Nous n’en voulions pas de Buchenwald. Et, à chaque retour, il était là quand même et il faisait mal.
(à suivre)
Jacques Lusseyran, Le Monde commence aujourd’hui (éd. La Table Ronde, 1959)00:05 Publié dans Lu/Vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Spiritualité, littérature, inspiration, prière, christianisme, religion, Dieu



