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lundi, 17 septembre 2007

Maestro boulot dodo

Il y a quelques mois, le Washington Post a organisé un concert improvisé (la formule est antinomique mais explicable) dans une station de métro de la ville de Washington. Ils ont fait appel au sieur Joshua Bell, violoniste de renom international, qui a l’habitude de jouer devant des salles combles.

L’artiste est arrivé en jean et T-shirt avec une casquette de baseball sur la tête. Il a sorti son violon de son étui (un Stradivarius fabriqué en 1713, excusons-le du peu), posé l’étui ouvert par terre et, debout près d’un mur, il a commencé à interpréter la « Chaconne », le mouvement final de la partita en ré mineur de Bach.

Ce morceau d'environ 14 minutes est considéré comme l’une des pièces pour violon les plus brillantes et les plus difficiles à jouer. Moi-même je n’y arrive pas, c'est vous dire.

Aux dires des journalistes discrètement présents, 63 personnes sont passées devant Bell sans tourner la tête. Puis une femme a laissé tomber un dollar avant de filer à toute allure pour rattraper le temps perdu. Six minutes se sont écoulées avant qu’un usager réussisse à interrompre sa marche d'automate pour l'écouter jouer.

Bilan : Bell a joué pendant une demi-heure devant 1097 personnes. Sept d’entre elles se sont arrêtées quelques instants pour l’écouter, et une seule l’a reconnu. (Pour l’anecdote, il a récolté dans son étui 32 dollars ; le prix moyen d’un billet pour l’écouter en salle est de 100 dollars.)

Sommes-nous devenus à ce point des robots, insensibles à la musique de l’âme ? Et autres questions du genre « nos priorités nous font mener une vie de dingue », à méditer pendant les heures de bureau.

Théo 

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