jeudi, 16 août 2007

Le cœur du cyclone

Les médias nous la jouaient « peur du troisième millénaire ». Pour ne pas les décevoir, l’atmosphère ambiante s’est gorgée d’effets spéciaux et nous a concocté une giga-tempête qui aurait fait pâlir de jalousie la population de Floride-sur-Mer.

Je vous parle de la « fameuse » tempête
du 26 décembre 1999.

Rappel des faits vus de ma fenêtre : En fin de matinée, l’ami qui me loue la maison me téléphone, me réveille. (Me couchant rarement avant 3 h du matin, je me lève à l'heure où vous commencez à avoir faim.) « Ça va ? Pas de problème ? » Heu… Non. « Bon, tant mieux. » Un quart d’heure plus tard autre inquiétude, autre appel. « Tu as survécu ? Pas de dégâts ? » J’essaye de me rappeler ma nuit. Une fête à tout casser ? Pas le moindre souvenir. Une cuite à tout oublier ? Je ne bois que du thé. Alors pourquoi cette question ? « Ben, la tempête », me souffle dans l’appareil mon interlocutrice interloquée. La tempête, quelle tempête ?

Je n’ai strictement rien entendu. Pas la moindre rafale ! La tempête m’est passée complètement au-dessus de la tête. Un coup d’œil par la fenêtre, le jardin me paraît tout ce qu’il y a de plus normal : en friche, comme la veille, j’aime bien les mauvaises herbes. Mais quand je suis sorti dans la rue, comme dit l’autre « un spectacle bien différent m’attendait ». Un lendemain de fête, de défaite, un ravage. La rue, les trottoirs, ne s’appartiennent plus. Tout se mélange. Une voiture gît, le toit creusé sous une branche d’arbre. Je reviens chez moi. Je vais dans le jardin. Un sapin venu d'ailleurs est couché de tout son long dans le jardin de mon voisin à main droite. Je suis presque jaloux, j’ai beau explorer mes terres dans tous leurs recoins, rien… ah si ! une tuile, discrète, comme apportée par le facteur en mon absence, et puis une éponge !

Elle me fait peur, cette éponge. Je le jurerais, elle ne se trouvait pas là la veille. Je l’imagine maléfique. Je n’ose la prendre, la presser, de peur de libérer une tornade en sommeil.

Au fil des heures, de reportage en reportage, je prends la mesure des dégâts. Le soir, la rue est plongée dans l’obscurité. Ni réverbère, ni réverbération des lumières cotoyennes habituelles. Et pour cause : aucune des maisons de la rue n’a d’électricité. Sauf la mienne, sise en sursis au 1, rue Bir-Hakem.

Je suis scié – comme les arbres tronqués un peu partout dans le sillage de cette grande peur de fin de siècle. J’essaye de comprendre pourquoi cette grâce d’un ciel par ailleurs si méchant. Je repense à Jésus dans la tempête, qui dormait paisiblement pendant que les flots léchaient avec gourmandise le reste de l’équipage, terrorisé au fond de l’embarcation. Non, je ne m’appelle pas Jésus. Alors j'ai pensé que j'avais eu de la chance.

Et puis plus tard j'ai fait un rapprochement. Depuis quelque temps je pensais à déménager, sans savoir encore sous quels cieux. Comme j’aime le faire, face à une décision importante à prendre, j’ai réfléchi, médité pour mieux comprendre ce que signifiait à mes yeux un « foyer ». Ce que j’aimais y trouver, non pas en confort et objets matériels, mais en valeurs humaines et spirituelles. Je cheminais un peu tous les jours dans ce paysage mental, en accueillant les idées qui me venaient. Je les évaluais, les approfondissais, faisant mon tri pour ne garder que celles qui collaient à mes attentes les plus exigeantes. Imprégné de ces idées, je m’efforçais de les vivre et les faire vivre sans attendre d'avoir quitté cette maison.

Que dire d’autre, sinon que ces idées constructives devenues miennes m'ont, d’une certaine façon, maintenu dans une bulle de protection comparable au cœur d'un cyclone.

Théo 

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